News du 23 & 24 août 

Mc Laren river lodge to Brushkana campground Denali highway
105km / 1020m de dénivelé / 7h20 sur la selle
(totale : 1558 km)

(total : 14 000m+)

Heureusement que j’ai eu cette escale au Mc Laren river lodge car la suite a été tout autre chose…
Bien dormi. Réveillée à 4h30. Levée à 5h et préparation très tranquille. Dehors brouillard. Départ à 6h45 sans avoir envie de quitter le lieu et son atmosphère. Je reviendrai. 

Visibilité à 20m. De mieux en mieux ! 1h30 après, je roule avec visibilité, mon regard peut à nouveau s’animer à observer l’environnement autour. 

Toujours pareil, vaste étendue, lacs, rivières , montagnes, toundra, je ne m’en lasse pas !

La piste est difficile. Elle secoue bien. Ça fatigue, ça use, ça fait mal au dos, aux cervicale, bref c’est désagréable ! La moyenne chute, dégringole ! Je bute sur chaque cailloux. Je ne vais pas à plus de 10km/h sur le plat…

Je ne croise pas grand monde jusque vers 10h du matin…puis je croise des chasseurs sur des Quad…certains disent bonjours, d’autres non. 

J’avais vu la panoplie du chasseur américain que dans les magasins. Impressionnant de voir à quoi ça ressemble sur le terrain…un peu l’impression qu’ils vont faire la guerre. 

J’ai droit à un très bref moment avec du soleil. Il ne pleut pas jusqu’à 10h50… puis une goutte, deux, trois et c’est la pluie. Une accalmie mais la chance d’un autre rayon de soleil est définitivement terminée. 

Déboule à toute allure un 4×4 avec deux gars dedans. Ils s’arrêtent à mon niveau. Je suis en pleine montée. Ils me parlent, je ne comprends pas, je m’arrête. « Did you see Caribou ? » Ce sont des chasseurs, non mais je rêve ! Ils n’ont qu’à chercher, observer, apprendre à connaître les bêtes qu’ils chassent et être patient ! chasseurs tricheurs ! et ils repartent à fond ni bonjour, ni au revoir. 

Et je poursuis lentement, je bute sur les cailloux, je me traîne , même sur le plat j’en bave, en descente debout sur les freins…

D’un coup je hurle « ça me saoulllllllle…. » Inutile mais sur le coup ça me fait du bien…l’état de la piste empire encore. C’est une journée très difficile. 

Le paysage est très beau malgré les nuages qui m’empêchent de voir totalement ce qui m’entoure. Quel dommage d’être ici à vélo et de manquer tant de belles choses. 

J’essaie de profiter malgré les conditions mais pour être franche je ne profite pas. J’avance sans faire de pause pour prendre de l’avance sur la pluie. 

J’arrive sur un pont qui passe au-dessus de la Susitna river. C’est très beau. Je m’arrête pour prendre une photo et je repars. Deux femmes d’une soixantaine d’années font quelques pas sur le pont pendant que leurs époux pêchent dans la Susitna. Elles me parlent lorsque j’arrive vers elles alors je m’arrête, les questions fusent, elles sont très impressionnées par mon bike trip et ma démarche. Avec à peu près toutes les intonations qu’il peut y avoir, j’ai entendu au moins 30 fois « amazing !! you’re ammmmazingggg ! incredible woman, I can’t believe, amazingggg » et je vais vous dire une chose ! ça m’a fait du bien, ça m’a requinquée.           

L’une des deux me demande :

Vous avez de la famille ? je souris…oui et aussi deux enfants. 

Vous faites des compétitions ? Non, je déteste ça, je n’aime pas la compétition, ma démarche est totalement à l’opposée, c’est une façon de vivre, de découvrir, de se dépasser et d’apprendre. 

Elles me prennent toutes les deux en photos et me proposent gentiment de me prendre en photo avec mon appareil car elles ont vu que je faisais un selfie sur le pont… Trop gentil. 

Elles viennent du Maryland. Elles sont arrivées à Fairbanks il y a quelques jours. Elles font une boucle qui passe par cette piste du Denali puis vont visiter le parc national du Denali et descendent au sud à Anchorage pour prendre l’avion qui les ramènera dans le Maryland. 

Au moment de repartir après ce plaisant bavardage de 10 minutes, l’une d’elle me dit « votre démarche m’inspire, merci pour cette rencontre et pour avoir pris le temps de parler avec nous » 

Je suis touchée par les derniers mots de cette femme et par cette rencontre moi aussi. 

Je repars après ma première pause. Ça fait 4h que je suis partie. 

Une demi-heure plus tard je passe devant un lodge du même type que celui de la nuit dernière. J’ai très envie de m’y arrêter pour un café mais vu le temps menaçant, si je m’arrête dans cet endroit accueillant je risque de faillir comme hier…. Et il faut que j’avance car globalement la météo et la piste restent bien pourrie, il n’est que 11h donc je poursuis avec une petite pointe de regret quand même. 

5 minutes après, la pluie recommence mais cette fois franchement. Je ne sais pas ou je vais m’arrêter. J’ai décidé de faire au feeling en fonction des conditions et de ma fatigue. 

Ça tourne au cauchemar. Je suis crépie de boue, j’ai froid, il pleut fort, l’état de la piste est affreuse…il est 14h, je cherche un endroit ou je puisse appuyer mon vélo pour faire une pause et manger un truc, finalement je vois une grosse barrière de chantier. Je m’arrête là, je sors mon sandwich et je vais me mettre à l’abri de la pluie accroupie sous une énorme chenillette (il y a des travaux sur la piste à ce niveau). Un pick up passe devant moi puis fait marche arrière pour me proposer de charger le vélo dans son véhicule et me déposer au camping 7 miles plus loin. 

No thanks ! but thank you very very much ! 

Comme c’est gentil….

Il faudrait qu’il m’arrive un truc grave pour que j’accepte cette aide sinon impossible d’accepter. A moi de gérer, j’aurais pu m’arrêter avant, j’ai décidé de continuer en toutes connaissances de causes donc j’assume. 

Je me remet en route rapidement car je me refroidis vite. 

Je décide de m’arrêter au camping à 7 miles…il reste encore 50 km pour retrouver le bitum et la civilisation mais je suis trop fatiguée par cette journée…

Ereintée et trempée j’arrive au camping. La pluie cesse un petit moment. Vite, monter la tente rapidement, mettre les affaires au sec. Je pose sur le sol de ma tente une bâche en plastique très fine pour poser mes affaires sales et boueuses dessus. Je change de vêtements pour être au sec, je vais chercher de l’eau, je me fais un thé car je n’ai quasiment pas bu aujourd’hui et je file sous la tente au moment ou la pluie reprend de plus belle…

Je commence à écrire cette news…je m’endors dessus pour une sieste de 1h30…je me réveille à 18h. Je me prépare des pâtes sous la tente, je réfléchis à la suite. Demain jeudi 24 août encore 50km de piste pourrie pour rejoindre Cantwell, la civilisation. La fin de mon bike trip est à Fairbanks à environ 260km au nord de Cantwell. Je voulais faire un détour de 400km et aller à Talkeetna, point de départ des expéditions qui veulent gravir le McKinley, un petit bled qui m’avait marqué lorsque j’avais tenté cette ascension il y a 21 ans maintenant…mais seulement si il fait beau ! Ras le bol de la pluie ! Sinon je remonte tranquillement à Fairbanks et je trouve un endroit pour me poser 3/4 jours avant mon retour. Je vais réfléchir demain sur mon vélo et regarder la météo lorsque j’aurai retrouvé du réseau. 

Katia

Brushkana campground Denali highway to Cantwell 

50km / 450 de dénivelé / 3h10 sur la selle

(totale : 1608 km)

(total : 14 450m+)

Wet wet wet….

Nuit merdique, conditions merdiques, temps merdiques ! 

Pluie toute la nuit. Réveillée vers 5h30, il pleut toujours. Difficile de sortir de la tente pour aller chercher la sacoche de nourriture, allumer le réchaud, retourner trempée sous la tente déjà humide. Dans la tête je procède par étape sans penser au démontage de la tente, à la journée… prendre les choses dans l’ordre pour ne pas se laisser abattre par la suite…

Je parle toute seule à voix haute en me disant «  bon ok il pleut mais imagines, tu aurais pu avoir en plus du vent et puis regardes, tu as pu mettre ton vélo à l’abri de la pluie sous un arbre et puis tu mettras ta tente à sécher et puis l’étape est courte aujourd’hui , tu vas y aller tranquille et puis en arrivant tu iras boire un bon café et puis si il pleut toujours lorsque tu arrives à Cantwell tu n’iras point camper mais tu dormiras au sec et puis ce soir tu fêteras cette satanée Denali highway avec un bon verre de vin, et puis et puis…. »

Ça ne m’a pas aidé ! Ma réponse était « ok mais là maintenant il faut plier, tout est trempé et se mettre en route alors ces réflexions tu y penseras sur le vélo » 

J’ai au moins tenté de me réconforter …

J’arrive au bout de ma nourriture et au bout de ma cartouche de gaz. 

Je déjeune sous ma tente en écoutant la pluie tomber sur la toile puis je commence le rangement méthodique, je m’habille, j’enfile mes protections de pluie ; sur chaussures, surpantalon et veste que j’ai laissé dehors accroché au guidon du vélo car ils sont crépis de boue. 

J’essaie de plier la tente. Ridicule je suis. Elle est trempe. Je forme une sorte de saucisson avec l’ensemble que je bourre dans le sac de ma tente que je mets dans mon dry bag dans lequel se trouve mon duvet et mon matelas de sol…comme ça maintenant je suis sûre que tout est trempé ! Mais pas le choix, il faut bien la mettre quelque part cette tente. À 7h30 je suis en route. Les personnes que je croise dans leurs voitures me regardent drôlement, l’une ouvre la fenêtre pour me dire « you’re tough women » …je ne sais pas si je suis une femme robuste mais je sais que les conditions sont difficiles ! 

Depuis plusieurs jours c’est au mental que j’avance et que j’avale les kilomètres. Je ne profite hélas pas vraiment de cet environnement fantastique. J’attrape par ci par là les petits moments qui s’offrent à moi, le rayon de soleil qui passe, une rencontre, le paysage, une belle lumière, une atmosphère, j’emmagasine tout, je refais le plein de toutes ces petites choses qui se transforment en énergies et me permettent d’avancer. 

Je m’attendais à ces conditions. Je savais aussi que cette période en Alaska n’est pas la meilleure…juin et juillet sont préférables, je ne comptais pas sur la chance d’une météo clémente. Je ne faisais pas de plans. Je me suis équipée pour les pires conditions et j’ai vu juste. C’est juste difficile d’enchainer les journées et les kilomètres. 

Back to Denali highway ….

Je retrouve le mud, la boue, les up and downs, les cailloux, les secousses, la tôle ondulée, je compte les kilomètres, une grande descente, une immense montée raide…une descente encore, je suis au bord de la Nenana river, elle est magnifique, elle plairait à mes fils « pêcheurs », je m’arrête pour prendre une photo, je poursuis, je passe le point d’ou l’on peut voir le Mont Mac Kinley … inutile de faire un stop, bientôt le bitume, bientôt la civilisation, je peux alors commencer à penser à mes envies : une pomme, des produits frais, le verre de vin de ce soir, être au sec plus qu’une douche…

Ouff ! Le bitume ! Dans 5 km la fin de la Denali ! 

Yes ! J’ai bouclé la Denali highway. Je suis très très contente…je n’en voyais plus le bout, un calvaire cette Denali dans ces conditions mais sinon des paysages stupéfiants alors j’imagine le spectacle par beau temps. C’est très beau. Même dans ces conditions, je ne regrette pas de l’avoir parcourue, je regrette juste de ne pas l’avoir appréciée à sa juste valeur afin de rendre hommage à cette nature si belle. 

En terme d’isolement la Top of the world et Taylor highway étaient plus wild, hormis Chicken avec du très très basic/rustique, il n’y a rien sur 300km. 

Sur la Denali, il y a au total 3 lodges, le premier au début, le second au premier tiers (ou je me suis arrêtée) et le dernier au second tiers. Ça reste pas grand chose car depuis mon départ de Delta junction jusqu’à Cantwell ça représente 360km. 

Cantwell, 200 habitants, je m’attend à une sorte de mini village avec une épicerie, un restaurant, un café , etc car le parc national du Denali n’est qu’à environ 45km. 

Ben non, un café au sud à un demi mile (1mile = 1k600), le camping à un demi mile au nord, une station service qui vend quelques conserves pour dépanner 1 mile après le camping et un saloon (fermé) à deux miles à l’ouest. Ça en fait de la distance entre ces points 🙂

Première chose, se mettre à l’abri. Je vais au camping. Il y a une cabine sans sanitaires mais c’est ce qu’il y a de plus économique pour dormir au sec en Alaska. La vie est très chère dans cet état. Je loue l’unique cabine. Les gens sont adorables. Je demande pour un food store…oui à 36km…ok, pas aujourd’hui. J’ai mes noodles de secours 🙂 je demande pour un liquor store..faut pas rêver , pas de food store alors le liquor store…je leurs dit que sur la Denali highway je pensais à mon verre de vin pour me récompenser de l’effort…ce sera pour demain. Ils sont impressionnés par la Denali à vélo dans ces conditions, on bavarde un moment, encore une fois des gens adorables. 

Je pose mes sacoches dans ma cabine rustique, je mets le chauffage en route et je suspend ma tente avant de repartir plein nord voir la nourriture que la station service vend…pour 10$ je repars avec une petite boîte de haricot vert et de mais pour accompagner mes noodles ce soir puis je repars plein ouest à la recherche du saloon pour le lunch du midi, c’est fermé, alors je repars plein sud au café pour un caffe latte et le seul truc au menu… un pie fourré à l’omelette, saucisse et haricot rouge…bon… c’est ça où rien alors je me pose boueuses pour le lunch ! Je suis tellement « dégeu » que je ne me suis pas encore attelée à ce chapitre…

Après le pie et le café retour dans ma cabine pour un bon décrassage … une vieille dame brule des cartons dans un tonneau en métal à quelques mètres de la cabine ou je suis installée. Elle vient me voir alors que je commence à quitter mes protections boueuse. 

Elle me demande quel vin je veux et le prix maximum pour une bouteille ? Son fils est à Fairbanks, il rentre en début de soirée, elle va lui envoyer un SMS pour lui dire de m’acheter une bouteille de vin…

Quoi dire…ça me touche, encore une fois je suis émue par le geste, rendre service, faire plaisir ou aider, cet état d’esprit me parle, me plait, fait du bien…

Je la remercie des dizaines de fois, je ne sais pas si elle se rend compte à quel point ça me fait plaisir de savoir que j’aurai un verre de vin ce soir…mais je pense que oui…

Et après cette bonne nouvelle…la douche…des habits secs et back to the cabine ! C’est bien de voir le vent qui s’est levé et la pluie tomber lorsque l’on est au chaud ! Bon demain vendredi est un autre jour … et je serai sur mon vélo… normalement pas de pluie, pas de soleil non plus mais des nuages. Ça me va. Et samedi de la pluie encore et dimanche aussi et là je serai sur mon vélo. 

Vu les prévisions … pas de beau ni d’amélioration donc pas de détour de 400km pour aller à Talkeetna mais direction « the end of the trip » Fairbanks à 250km avec des up and down…

Demain une courte journée jusqu’à « Healy » avec un clin d’oeil au film « into the wild » qui a installé une réplique du « Magic bus » à l’entrée de la piste Stamped goudronnée les 16 premier km…business is business…je vous montrerai ça aussi 🙂

Bon réveil à vous

Katia

Le brouillard


Avant la pluie… c’est beau non !


Pause accroupie sous la chenillette à l’abris de la pluie



Fin de la Denali !

Mud

Séchage

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6 réflexions sur “News du 23 & 24 août 

  1. portraitzen

    Encore bravo pour cette aventure ! Il n’y a pas de hasard, si les conditions ont été si dures, c’est pour mieux inspirer les gens qui te lisent et te rencontrent ! Et TRÈS égoïstement, je n’ai pas envie que tu arrives à destination, pour pouvoir continuer de lire tes aventures…..mais c’est méchant de ma part je sais. Vraiment bravo d’accomplir ces prouesses et montrer l’exemple ! Merci !

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  2. Oh la petite cabane chaude et réconfortante ! Bravo felicitations Kathia pour la Denali. Comme tu fois être bien au chaud et au sec ! Dommage Oui de ne pas profiter de ces paysages sans pluie ….. merci pour les News et tes photos !

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